Les métiers en contact direct avec le public, notamment ceux de la sécurité, de la défense, du secours, de la santé et du travail social, sont particulièrement concernés. Les violences prennent principalement la forme d’injures et de harcèlement moral, mais les agents les plus jeunes sont davantage exposés aux violences sexuelles. L’étude souligne également les conséquences durables de ces situations sur le sentiment de sécurité et met en évidence un recours à la plainte plus fréquent dans la fonction publique.
Une exposition supérieure
Les agents publics sont davantage confrontés aux violences dans le cadre professionnel que les salariés du secteur privé. C’est ce que montre une étude publiée le 28 mai 2026 par la DGAFP, à partir de l’enquête «Vécu et ressenti en matière de sécurité».
En 2023, 16 % des agents publics interrogés déclarent avoir été victimes de violences dans le cadre de leur activité professionnelle. La proportion est légèrement inférieure chez les salariés du secteur privé, avec 15 % de victimes déclarées.
Si l’écart entre les deux secteurs apparaît limité, il s’inscrit dans un contexte professionnel particulier pour les agents publics. Ceux-ci exercent plus fréquemment des métiers impliquant un contact direct avec les usagers, ce qui augmente leur exposition aux tensions, aux agressions et aux comportements violents.
La situation reste par ailleurs relativement stable par rapport à 2022. La proportion d’agents victimes de violences n’enregistre donc pas de progression significative, mais le phénomène demeure suffisamment important pour constituer un enjeu majeur de sécurité et de santé au travail.
L’étude met surtout en évidence une conséquence importante de cette exposition : le sentiment d’insécurité ressenti sur le lieu de travail est nettement plus répandu dans la fonction publique que dans le secteur privé.
Un sentiment d’insécurité marqué
En 2024, 25 % des agents publics déclarent se sentir souvent ou parfois en insécurité sur leur lieu de travail.
Cette proportion est nettement supérieure à celle observée chez les salariés du secteur privé, où 16 % déclarent ressentir ce même sentiment.
Le niveau d’insécurité ressenti par les agents publics reste ainsi stable par rapport à l’année précédente, mais demeure élevé.
Ce résultat est particulièrement préoccupant car le sentiment d’insécurité ne correspond pas uniquement à la réalité objective des violences subies. Il peut également traduire une anticipation du risque, une peur de nouvelles agressions ou le sentiment de ne pas être suffisamment protégé par son environnement professionnel.
L’expérience d’une violence semble d’ailleurs renforcer durablement ce sentiment. Les agents ayant déjà été victimes d’une atteinte dans le cadre de leur travail sont beaucoup plus susceptibles de se sentir en insécurité par la suite.
Selon l’étude, 23 % des agents ayant subi une atteinte professionnelle en 2023 déclarent se sentir souvent en insécurité sur leur lieu de travail. Cette proportion tombe à 7 % pour l’ensemble des agents publics.
Ces données suggèrent donc que les violences professionnelles peuvent avoir des conséquences qui dépassent largement l’événement initial. Une agression ou une atteinte peut laisser une trace durable et modifier la perception qu’un agent a de son environnement de travail.
Les injures en tête
Les violences subies par les agents publics prennent différentes formes. Les injures constituent la première catégorie d’atteintes recensées. Elles concernent 7 % des agents victimes de violences professionnelles en 2023.
Le harcèlement moral arrive ensuite, avec 4 % des agents victimes concernés. Les violences à caractère sexuel constituent également une part importante des atteintes signalées.
Ces différentes formes de violence ne produisent pas nécessairement les mêmes effets, mais elles peuvent toutes contribuer à dégrader les conditions d’exercice professionnel.
Les injures et agressions verbales peuvent ainsi générer un sentiment d’humiliation ou d’insécurité. Le harcèlement moral peut s’inscrire dans la durée et avoir des conséquences importantes sur la santé psychique des agents. Les violences sexuelles, quant à elles, constituent des atteintes particulièrement graves susceptibles d’avoir des effets durables sur les victimes.
L’étude montre donc que la politique de protection des agents publics doit prendre en compte une grande diversité de situations et ne pas se limiter aux seules violences physiques.
Le contact avec le public en cause
Le principal facteur d’exposition identifié par la DGAFP est le contact direct avec le public.
Dans la fonction publique, 92 % des atteintes professionnelles concernent des agents qui sont en relation avec les usagers, alors que ces personnels représentent 84 % des effectifs.
Cette surreprésentation confirme que la relation avec le public constitue un facteur de risque spécifique.
Les agents qui exercent leurs missions au contact des citoyens peuvent être confrontés à des situations de tension, notamment lorsqu’ils doivent faire appliquer des règles, prendre des décisions défavorables à un usager ou intervenir dans des contextes de crise.
La violence peut alors être dirigée contre l’agent lui-même, alors même que celui-ci agit dans le cadre de ses fonctions et pour le compte du service public.
Cette situation pose donc la question de la protection spécifique des métiers en première ligne, qui constituent souvent le premier point de contact entre la population et les institutions publiques.
Les métiers les plus exposés
Certaines professions sont particulièrement touchées par les violences professionnelles.
Les policiers, militaires et sapeurs-pompiers figurent parmi les catégories les plus exposées. Alors qu’ils ne représentent que 4 % des agents publics, ils concentrent 15 % des atteintes recensées.
Cette forte surreprésentation s’explique par la nature même de leurs missions, qui les conduit à intervenir dans des situations potentiellement conflictuelles ou dangereuses et à être directement confrontés à des comportements agressifs.
Le secteur de la santé et du travail social est également particulièrement concerné.
Les professionnels de ces secteurs représentent environ 11 % des agents publics, mais subissent eux aussi 15 % des atteintes. Cette situation souligne la vulnérabilité particulière des personnels qui travaillent auprès de publics fragiles ou confrontés à des situations de détresse, de précarité ou de tension.
Ces métiers sont également souvent caractérisés par une forte charge émotionnelle, une confrontation régulière à la souffrance et des difficultés de recrutement et de fidélisation.
La violence professionnelle vient donc s’ajouter à des contraintes déjà importantes et peut contribuer à renforcer les risques psychosociaux et physiques auxquels ces agents sont exposés.
Des risques différents selon l’âge
L’étude révèle également des différences importantes selon l’âge des agents.
Les 30-49 ans constituent la tranche d’âge la plus représentée parmi les victimes de violences professionnelles. Ils représentent 50 % des effectifs publics mais concentrent 58 % des atteintes.
Les agents de moins de 30 ans présentent quant à eux une exposition particulière aux violences sexuelles. Alors qu’ils représentent 13 % des agents publics, ils sont concernés par 29 % des atteintes de cette nature.
Cette situation constitue un point de vigilance important pour les jeunes agents, qui peuvent être davantage exposés en raison de leur position professionnelle, de leur moindre expérience ou de leur insertion récente dans les organisations.
Les agents âgés de 50 ans et plus sont globalement moins touchés par les violences, mais sont davantage concernés par les situations de harcèlement moral.
Ces différences montrent que la prévention des violences doit pouvoir être adaptée aux profils et aux situations professionnelles des agents. Les risques ne sont pas identiques selon l’âge, le métier ou le niveau d’expérience.
Des discriminations persistantes
L’étude apporte également un éclairage sur les agents immigrés. Ces derniers représentent 8 % des effectifs de la fonction publique mais seulement 5 % des victimes d’atteintes professionnelles recensées.
Ils sont néanmoins davantage exposés à certaines formes spécifiques de violence, notamment aux discriminations fondées sur leur origine réelle ou supposée.
Ces discriminations représentent 13 % des atteintes dont ils sont victimes. Ce résultat souligne que les politiques de prévention des violences doivent également intégrer la question des discriminations et des comportements racistes dans les environnements professionnels publics.
La protection des agents ne peut donc être envisagée uniquement sous l’angle de la sécurité physique. Elle doit également prendre en compte les violences psychologiques et sociales susceptibles d’affecter les personnels dans leur environnement de travail.
Une insécurité concentrée
Le sentiment d’insécurité est particulièrement élevé dans les métiers qui présentent déjà les taux de victimisation les plus importants.
44 % des policiers, militaires et pompiers déclarent ainsi se sentir souvent ou parfois en insécurité sur leur lieu de travail.
La situation est également préoccupante dans les professions intermédiaires de la santé et du travail social, où 36 % des agents expriment ce sentiment.
Ces chiffres montrent que les agents les plus exposés aux violences sont également ceux qui ressentent le plus fortement l’insécurité.
Cette accumulation de risques peut avoir des conséquences sur la santé et les conditions de travail. La répétition d’incidents, la crainte d’une nouvelle agression ou le sentiment de ne pas être suffisamment protégé peuvent favoriser l’apparition de troubles psychologiques, de stress chronique ou d’une perte de confiance dans l’environnement professionnel.
La question de la sécurité des agents apparaît donc directement liée à celle de leur santé au travail et de leur capacité à exercer durablement leurs missions.
Des plaintes plus fréquentes
L’étude met enfin en évidence une différence importante dans le recours aux autorités judiciaires.
Lorsqu’une atteinte est subie, les agents publics portent davantage plainte que les salariés du secteur privé. Le taux de plainte atteint 10 % dans la fonction publique, contre 4 % dans le secteur privé.
Les violences physiques donnent plus fréquemment lieu à un dépôt de plainte que les injures.
La DGAFP avance plusieurs explications possibles à cette différence. Le droit pénal prévoit notamment des sanctions aggravées lorsque les victimes sont des personnes dépositaires de l’autorité publique ou chargées d’une mission de service public.
Cette protection juridique particulière pourrait contribuer à expliquer pourquoi les agents publics ont davantage recours au dépôt de plainte après une agression.
Pour autant, le niveau global de recours reste relativement faible au regard du nombre de victimes déclarées.
La question de la systématisation du dépôt de plainte par les employeurs publics reste donc d’actualité. Plusieurs ministres chargés de la Fonction publique ont annoncé ces dernières années leur volonté de généraliser cette pratique lorsque des agents sont victimes d’atteintes dans le cadre de leurs fonctions, mais ces annonces n’ont jusqu’à présent pas abouti à une généralisation effective.
Une protection à renforcer
Les résultats de cette étude soulignent finalement la vulnérabilité particulière des agents publics face aux violences professionnelles.
Leur exposition légèrement supérieure à celle des salariés du privé s’explique notamment par la nature de leurs missions et par leur proximité avec les usagers. Les métiers de la sécurité, de la défense, du secours, de la santé et du travail social sont particulièrement concernés.
Mais l’enjeu dépasse largement la seule question des agressions physiques.
Les injures, le harcèlement moral, les violences sexuelles et les discriminations constituent également des facteurs importants de dégradation des conditions de travail. Ils peuvent affecter la santé physique et psychologique des agents, leur sentiment de sécurité et, à terme, leur capacité à exercer leurs missions dans de bonnes conditions.
Le fait que les agents ayant déjà subi une violence soient beaucoup plus nombreux à ressentir de l’insécurité montre également que la prévention et la prise en charge doivent être pensées dans la durée. Il ne suffit pas de traiter l’incident : il faut accompagner la victime, prévenir la répétition des faits et restaurer un environnement de travail sécurisant.
Un enjeu pour le service public
Au-delà de la protection individuelle des agents, la question des violences constitue un enjeu collectif pour le fonctionnement des services publics.
Les personnels en contact avec les usagers jouent un rôle essentiel dans la continuité et la qualité du service. Lorsqu’ils sont exposés à des agressions répétées ou travaillent dans un climat d’insécurité, les conséquences peuvent se traduire par une dégradation de leur santé, une augmentation des arrêts de travail, des difficultés de recrutement et de fidélisation ou encore une perte d’attractivité de certains métiers.
La prévention des violences doit donc être considérée comme un élément à part entière de la politique de santé et de sécurité au travail.
Cela suppose de renforcer les dispositifs de signalement, d’améliorer l’accompagnement des victimes, de mieux former les encadrants et les agents confrontés à des situations à risque et de garantir une réponse rapide et visible de l’employeur.
L’étude de la DGAFP montre ainsi que la violence professionnelle constitue un risque structurel pour une partie des agents publics. Si la proportion de victimes demeure relativement stable, le niveau élevé du sentiment d’insécurité, particulièrement chez les personnels les plus exposés, souligne la nécessité d’une politique de protection plus systématique.
L’enjeu est désormais de faire en sorte que les agents puissent exercer leurs missions dans un environnement où leur sécurité physique et psychologique est effectivement garantie. La protection des agents apparaît ainsi comme une condition indispensable au maintien d’un service public de qualité, mais aussi à l’attractivité et à la fidélisation des métiers publics les plus exposés.
