21 septembre 2026Les fragilités, Physique

Canicule : la DGAFP précise les leviers RH pour protéger les agents publics

Face à la répétition et à l’intensification des épisodes de fortes chaleurs, la protection des agents publics devient un enjeu majeur de santé et de sécurité au travail. Dans une publication mise à jour le 6 juillet 2026, la DGAFP rappelle aux employeurs publics leurs obligations et détaille les différents leviers RH permettant d’adapter les conditions de travail lors des épisodes de chaleur intense. Aménagement des horaires et des postes, télétravail, adaptation des missions ou, en dernier recours, autorisations spéciales d’absence : les administrations disposent de plusieurs outils pour réduire l’exposition des agents aux risques liés aux températures élevées. La DGAFP insiste toutefois sur la nécessité d’une approche anticipée et durable, les épisodes caniculaires étant appelés à se répéter plus fréquemment dans le contexte du changement climatique.

La santé en première ligne

La DGAFP rappelle que les épisodes de fortes chaleurs ne constituent pas seulement une contrainte ponctuelle pour les agents publics. Ils représentent un véritable risque professionnel, susceptible d’avoir des conséquences sur leur santé physique et mentale et d’augmenter la probabilité d’accidents du travail. L’exposition à des températures élevées peut notamment affecter les capacités physiques et cognitives, accroître la fatigue et rendre plus difficiles certaines activités professionnelles. Le risque est particulièrement important pour les agents exerçant en extérieur, ceux dont les missions nécessitent des déplacements fréquents ou encore ceux travaillant dans des locaux mal ventilés ou insuffisamment rafraîchis.
Certaines catégories d’agents peuvent également présenter une vulnérabilité particulière face à la chaleur, ce qui impose aux employeurs de tenir compte de leur situation individuelle dans l’organisation du travail.
La DGAFP rappelle ainsi un principe essentiel : il appartient à l’employeur public de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des agents placés sous son autorité.
Cette obligation implique une véritable anticipation des risques et ne doit pas se limiter à une réaction lorsque les températures deviennent déjà dangereuses.

Un cadre renforcé

Les règles applicables aux administrations s’inscrivent dans le cadre du décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur. Entrées en vigueur le 1er juillet 2025, ces dispositions ont été adoptées dans un contexte marqué par la multiplication des épisodes climatiques extrêmes. Elles complètent le cadre réglementaire applicable à la prévention des risques professionnels et concernent également les administrations et les agents publics.
Le dispositif repose notamment sur les différents niveaux de vigilance météorologique, qui doivent conduire les employeurs à adapter leurs mesures de prévention en fonction de l’intensité de l’épisode de chaleur.
La DGAFP rappelle que les employeurs doivent ainsi pouvoir faire évoluer l’organisation du travail, adapter les horaires et les amplitudes, modifier la localisation des postes lorsque cela est nécessaire et prendre toutes les mesures permettant de réduire l’exposition des agents.
Cette logique conduit à considérer la chaleur comme un risque professionnel à part entière. Elle doit désormais être intégrée à la démarche générale d’évaluation des risques professionnels et, lorsque cela est nécessaire, figurer dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP).

Adapter les postes

La prévention passe en premier lieu par l’adaptation des conditions matérielles de travail. Les employeurs doivent notamment pouvoir aménager les postes et les équipements afin de limiter l’exposition aux fortes températures. Cela peut passer par une amélioration de la ventilation des locaux, la mise en place de dispositifs de rafraîchissement ou de brumisation, ou encore l’adaptation des tenues professionnelles lorsque celles-ci sont particulièrement contraignantes en période de chaleur.
L’accès à l’eau potable fraîche constitue également une obligation essentielle. La DGAFP rappelle qu’un minimum de trois litres d’eau par jour et par agent doit être assuré en l’absence d’eau courante.
Au-delà des seules mesures matérielles, les agents doivent également être informés des risques liés à la chaleur et formés aux comportements permettant de les limiter. L’information et la prévention constituent donc des éléments à part entière de la politique de santé et de sécurité au travail.
Une attention particulière doit enfin être accordée aux agents identifiés comme vulnérables, afin d’adapter leur environnement et, si nécessaire, leur organisation de travail.

Repenser les horaires

Lorsque les conditions de travail deviennent trop difficiles, l’organisation du service peut être temporairement modifiée. Les chefs de service disposent notamment de la possibilité d’adapter les horaires afin d’éviter les périodes les plus chaudes de la journée. Les amplitudes de travail peuvent ainsi être réorganisées pour réduire l’exposition aux températures extrêmes.
Cette souplesse peut également concerner la localisation du travail. Un agent peut, lorsque cela est possible, être affecté temporairement dans un espace professionnel plus frais ou dans un autre lieu adapté.
Pour les missions qui ne peuvent pas être réalisées à distance, plusieurs solutions peuvent donc être envisagées : modification des horaires, réorganisation des activités, limitation des tâches les plus exposées à la chaleur ou encore rapprochement du lieu de travail du domicile de l’agent lorsque les circonstances le permettent.
L’objectif est de donner aux employeurs une capacité d’adaptation suffisante pour répondre à chaque situation, plutôt que de recourir systématiquement à une solution unique.

Le télétravail comme levier

Le télétravail peut constituer un outil particulièrement utile lorsque les missions exercées le permettent. La DGAFP cite notamment les situations dans lesquelles les locaux professionnels sont surchauffés, lorsque les agents doivent utiliser des transports insuffisamment climatisés ou encore lorsque certains personnels présentent une vulnérabilité particulière face à la chaleur.
Le recours au télétravail peut être envisagé dans le cadre du régime de droit commun, mais également de manière exceptionnelle lorsque les circonstances le justifient. Cette solution doit toutefois respecter le cadre juridique applicable. En principe, le télétravail repose sur une demande préalable de l’agent et sur l’accord de son chef de service. L’employeur public ne peut donc pas, de manière générale, imposer unilatéralement le télétravail à ses agents au seul motif d’une situation de canicule.

Une dérogation possible

Le cadre réglementaire permet néanmoins une adaptation en cas de circonstances exceptionnelles. Lorsque celles-ci perturbent fortement l’accès au service ou les conditions normales de travail, l’administration peut exceptionnellement autoriser une quotité de télétravail supérieure à la limite habituelle de trois jours par semaine.
En cas d’épisode caniculaire particulièrement intense, une telle dérogation peut ainsi permettre d’aller jusqu’à cinq jours de télétravail lorsque les conditions sont réunies.
Cette possibilité doit toutefois être appréciée en fonction des missions exercées et des contraintes du service. Elle ne peut évidemment pas concerner les activités qui nécessitent une présence physique des agents auprès du public, des usagers ou sur le terrain.
Le télétravail constitue donc un levier parmi d’autres et doit s’intégrer dans une stratégie globale de prévention.

Des solutions pour les métiers non télétravaillables

Pour une grande partie des agents publics, notamment ceux exerçant des missions opérationnelles, techniques, sanitaires ou d’accueil, le télétravail ne constitue pas une réponse possible. La DGAFP invite alors les employeurs à agir directement sur l’organisation du travail.
Plusieurs leviers peuvent être mobilisés : modifier les horaires, déplacer temporairement les agents dans des espaces plus frais, rapprocher leur lieu de travail de leur domicile ou encore réorganiser les activités afin de limiter les tâches les plus exposées.
Cette approche suppose une analyse fine des métiers et des situations de travail. Les administrations doivent identifier les activités les plus sensibles à la chaleur et prévoir, en amont, les mesures permettant de maintenir le service tout en protégeant les agents.
La prévention doit ainsi être pensée à l’échelle de chaque service et de chaque métier, en tenant compte de la réalité des missions exercées.

Anticiper les épisodes

La répétition des épisodes de fortes chaleurs impose également de sortir d’une logique de gestion dans l’urgence. La chaleur doit désormais être intégrée dans les démarches habituelles de prévention des risques professionnels. Les employeurs doivent pouvoir identifier les situations à risque, définir les procédures à appliquer et prévoir les mesures d’adaptation avant même que l’épisode de chaleur ne survienne.
Cette anticipation est d’autant plus importante que les épisodes caniculaires sont susceptibles de devenir plus fréquents et plus longs sous l’effet du changement climatique.
La prévention de la chaleur s’inscrit donc progressivement dans une politique plus large d’adaptation des administrations aux évolutions climatiques.

Les ASA en dernier recours

Lorsque les autres solutions ne permettent pas de garantir des conditions de travail suffisamment protectrices, les autorisations spéciales d’absence (ASA) peuvent être envisagées. La DGAFP considère toutefois cette possibilité comme une mesure de dernier recours. Elle doit être précisément encadrée par l’employeur public, qui doit définir les catégories de bénéficiaires, les conditions permettant de justifier la situation et la durée de l’autorisation.
Une attention particulière peut être portée aux agents vulnérables, notamment lorsque leur état de santé justifie une protection spécifique. Un justificatif médical peut être demandé, mais celui-ci ne doit pas comporter de données médicales confidentielles.
La durée de l’ASA peut également être déterminée en fonction du niveau de vigilance lié à l’épisode caniculaire ou lorsqu’une consultation médicale est nécessaire.

Une solution non pérenne

La DGAFP insiste cependant sur le fait que les ASA ne peuvent pas devenir la réponse systématique aux épisodes de fortes chaleurs. La multiplication des épisodes caniculaires rendrait en effet difficilement soutenable une politique reposant principalement sur l’absence des agents. Les employeurs doivent donc privilégier en priorité les mesures d’adaptation de l’organisation et des conditions de travail.
Cette position traduit une évolution importante de la gestion des risques climatiques : l’objectif n’est plus seulement de gérer ponctuellement une situation exceptionnelle, mais de construire une organisation capable de fonctionner dans un contexte où les épisodes de chaleur intense deviennent plus réguliers.

La garde d’enfants

La DGAFP évoque enfin une situation particulière : celle des agents confrontés à la fermeture des structures d’accueil de leurs enfants en raison de la chaleur. Dans ce cas, les dispositifs d’autorisation spéciale d’absence pour garde d’enfant peuvent être mobilisés lorsqu’ils répondent aux conditions prévues.
Cette situation illustre le fait que les épisodes caniculaires peuvent avoir des conséquences qui dépassent le seul cadre du poste de travail. Ils peuvent également perturber l’organisation familiale des agents et rendre plus complexe la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle.

Une nouvelle responsabilité RH

Au-delà des mesures techniques et réglementaires, la publication de la DGAFP confirme que la gestion des fortes chaleurs devient progressivement un enjeu structurel de politique RH dans la fonction publique.
Les employeurs publics disposent désormais d’une palette relativement large d’outils : adaptation des postes, accès à l’eau et rafraîchissement, évolution des horaires, réorganisation des activités, télétravail, changement temporaire de lieu de travail ou, en dernier recours, autorisation spéciale d’absence.
L’enjeu consiste à combiner ces dispositifs de manière proportionnée, en fonction du niveau de vigilance, des métiers concernés et de la vulnérabilité des agents.
La prévention des risques liés aux fortes chaleurs s’impose ainsi comme un nouveau volet de la politique de santé au travail dans la fonction publique. Dans un contexte de changement climatique, la protection des agents ne peut plus reposer uniquement sur des mesures ponctuelles prises lors des canicules. Elle suppose une anticipation intégrée aux politiques RH, au DUERP, à l’organisation du travail et au dialogue social, afin de préserver durablement la santé physique et mentale des agents tout en garantissant la continuité du service public.

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Source :
AEF

Publié le 07/07/2026

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