Une stabilisation après plusieurs années de hausse
Les données publiées par Diot Siaci montrent une relative stabilisation de l’absentéisme pour maladie ordinaire dans les petites collectivités territoriales. Après un taux de 4,60 % en 2022, celui-ci était descendu à 4,20 % en 2023, avant de remonter à 4,40 % en 2024. En 2025, il s’établit finalement à 4,33 %, soit un niveau proche de celui observé l’année précédente.
Cette évolution est particulièrement suivie dans le contexte actuel de transformation de la fonction publique territoriale. Les collectivités doivent en effet répondre simultanément à de nombreuses mutations : transition écologique et climatique, transformation numérique, vieillissement de la population, évolution des besoins sociaux, contraintes financières et changement des attentes des usagers.
Dans cet environnement complexe, la stabilité de l’absentéisme peut apparaître comme un signal relativement favorable. Elle ne signifie toutefois pas que les conditions de travail se sont globalement améliorées. Elle intervient dans un contexte où les agents territoriaux restent confrontés à une intensification des contraintes professionnelles et organisationnelles.
Diot Siaci observe ainsi que l’évolution de 2025 repose sur une stabilisation simultanée des principaux indicateurs qui composent le taux d’absentéisme : le nombre d’agents concernés, la fréquence des arrêts et leur durée moyenne. Cette situation tranche avec 2024, où la stabilité globale du taux résultait davantage de mouvements contradictoires entre ces différents facteurs.
Trois agents sur quatre sans arrêt
L’un des principaux enseignements de l’étude concerne la fréquence des arrêts. Depuis 2022, celle-ci tend à diminuer et se situe désormais à moins de 35 arrêts pour 100 agents, contre environ 50 pour 100 agents en 2022.
Hors année 2022, marquée par la dernière grande vague liée au variant Omicron du Covid-19, l’exposition au risque apparaît relativement stable, voire légèrement en recul en 2025. Trois agents territoriaux sur quatre n’auraient ainsi connu aucun arrêt de maladie au cours de l’année.
Cette donnée permet de relativiser l’image d’un absentéisme généralisé dans la fonction publique territoriale. La majorité des agents ne recourt donc pas à des arrêts de maladie ordinaire au cours d’une année donnée. Le phénomène de l’absentéisme repose davantage sur une partie des effectifs et, surtout, sur les arrêts les plus longs, qui pèsent fortement dans le calcul global.
La fréquence des arrêts constitue ainsi un indicateur important, mais elle ne suffit pas à elle seule à expliquer l’évolution du taux d’absentéisme. La durée des arrêts joue également un rôle déterminant.
La durée des arrêts marque une pause
Après plusieurs années de progression, la durée moyenne des arrêts de maladie ordinaire semble également se stabiliser. Elle atteint 39 jours en moyenne en 2025, contre 40 jours en 2024.
Cette évolution reste cependant à interpréter sur une période plus longue. La durée moyenne était de 36 jours en 2023 et de 29 jours en 2022. Le recul observé entre 2024 et 2025 ne remet donc pas en cause la tendance générale à l’allongement des arrêts constatée depuis plusieurs années.
L’évolution est notamment liée au vieillissement des agents territoriaux, l’âge constituant un facteur important dans la durée des arrêts. L’étude relève néanmoins une diminution de la durée moyenne des arrêts chez les agents âgés de plus de 55 ans en 2025.
Les arrêts les plus longs restent ceux qui contribuent le plus fortement au niveau global d’absentéisme. Leur évolution constitue donc un enjeu majeur pour les employeurs territoriaux, à la fois en termes de continuité du service public, de remplacement des agents et de prévention de la désinsertion professionnelle.
Une possible influence de la réforme
La stabilisation observée en 2025 intervient quelques mois après une modification importante des règles d’indemnisation des congés de maladie ordinaire. Depuis mars 2025, le niveau de rémunération des agents territoriaux placés en congé de maladie ordinaire durant les trois premiers mois est plafonné à 90 %.
Diot Siaci estime que les premières données disponibles pourraient suggérer un effet de cette mesure sur les comportements d’absence. Le cabinet observe notamment que les agents seraient désormais moins nombreux à s’arrêter, que les arrêts seraient légèrement moins fréquents et que leur durée moyenne aurait cessé de progresser.
Cette interprétation doit toutefois être considérée avec prudence. La réforme étant relativement récente, le recul statistique demeure limité. Il est donc difficile d’affirmer que la baisse de l’indemnisation est directement responsable de la stabilisation constatée.
D’autres facteurs peuvent en effet expliquer l’évolution des indicateurs. Les comportements d’absence sont influencés par de nombreux paramètres, parmi lesquels l’état de santé des agents, l’âge, les conditions de travail, le contexte managérial, la charge professionnelle ou encore le climat social.
La question de l’impact réel de la réforme devra donc être suivie dans la durée afin de déterminer si la stabilisation observée en 2025 constitue une tendance durable ou un phénomène ponctuel.
Des collectivités sous pression
La stabilisation de l’absentéisme intervient dans un environnement particulièrement contraint pour les collectivités territoriales. Les agents territoriaux ont aujourd’hui un âge moyen supérieur à 45 ans, tandis que le recul de l’âge de départ à la retraite allonge les carrières. Cette évolution démographique peut mécaniquement accroître les enjeux liés à la santé au travail et au maintien dans l’emploi.
Dans le même temps, les collectivités sont confrontées à des contraintes budgétaires importantes, qui limitent leurs marges de manœuvre pour recruter, remplacer les agents absents ou améliorer les conditions d’exercice des métiers.
À ces difficultés s’ajoutent les transformations profondes du travail. Le développement de l’intelligence artificielle pourrait notamment modifier certains métiers et certaines organisations, tandis que les attentes des usagers évoluent et que plusieurs secteurs du service public local rencontrent des difficultés de recrutement et de fidélisation.
L’ensemble de ces facteurs contribue à placer les agents territoriaux dans une situation professionnelle de plus en plus exigeante. Dans ce contexte, la maîtrise de l’absentéisme ne peut être dissociée des politiques de prévention, de santé au travail, de qualité de vie et des conditions de travail et de gestion des parcours professionnels.
Le risque du présentéisme
Si la réduction de l’indemnisation peut éventuellement contribuer à limiter certains arrêts, Diot Siaci souligne que cette politique comporte également des risques importants sur le plan de la santé au travail.
La diminution du niveau de rémunération pendant un arrêt maladie peut inciter certains agents à venir travailler malgré un état de santé dégradé. Ce phénomène de présentéisme peut donner l’impression d’une baisse de l’absentéisme tout en déplaçant le problème plutôt qu’en le résolvant. Un agent présent sur son lieu de travail mais diminué physiquement ou psychiquement n’est en effet pas nécessairement en capacité d’exercer son activité dans de bonnes conditions. Le présentéisme peut conduire à une baisse de la performance, à une augmentation de la fatigue et, dans certains cas, à une aggravation des pathologies.
À moyen ou long terme, les économies réalisées grâce à une réduction des arrêts pourraient alors être compensées par d’autres coûts : dégradation de l’état de santé, arrêts plus longs ultérieurement, difficultés de maintien dans l’emploi ou perte d’efficacité collective.
L’enjeu est donc de ne pas considérer uniquement le nombre d’arrêts ou le taux d’absentéisme, mais d’appréhender plus largement l’état de santé des agents et les conditions dans lesquelles ils exercent leur activité.
Un risque pour le lien employeur-agent
La réforme de l’indemnisation peut également avoir des conséquences sur la relation entre les agents et leur employeur public. Une baisse du niveau de protection peut être perçue comme une remise en cause des garanties attachées au statut. Dans un contexte où le pouvoir d’achat constitue déjà une préoccupation majeure, cette évolution peut alimenter un sentiment d’injustice ou de défiance.
La mesure risque ainsi d’affecter le « contrat de confiance » entre l’agent et son employeur, alors même que les collectivités rencontrent des difficultés pour attirer et fidéliser leurs personnels.
La motivation des agents ne dépend en effet pas uniquement de leur rémunération. Elle repose également sur la reconnaissance, la qualité du management, les conditions de travail et le sentiment d’appartenance à une organisation porteuse d’une mission de service public.
Une politique qui chercherait à agir sur l’absentéisme uniquement par une logique financière pourrait donc produire des effets indésirables sur le climat social et, à terme, sur la qualité du service public.
Une approche à nuancer
L’étude invite finalement à relativiser l’idée selon laquelle la réduction de l’indemnisation permettrait mécaniquement de lutter contre l’absentéisme. Les arrêts maladie correspondent dans leur grande majorité à des situations médicales réelles et ne peuvent être assimilés à des comportements opportunistes. Appliquer une logique d’incitation financière uniforme à l’ensemble des situations d’absence peut donc apparaître comme une réponse insuffisamment différenciée.
La question centrale est dès lors de savoir si la baisse de l’absentéisme traduit réellement une amélioration de la situation ou si elle masque un déplacement des difficultés vers d’autres formes de fragilisation : agents qui travaillent malgré leur maladie, pathologies qui s’aggravent, épuisement professionnel ou arrêts plus longs à terme.
L’enjeu pour les collectivités est donc de dépasser une approche strictement quantitative de l’absentéisme. La stabilisation du taux observée en 2025 constitue un indicateur intéressant, mais elle doit être mise en regard de l’évolution de la santé des agents, de leurs conditions de travail et du climat social.
En définitive, l’étude de Diot Siaci met en évidence une stabilisation de l’absentéisme pour maladie ordinaire dans les petites collectivités, sans permettre encore de conclure à un effet direct de la baisse de l’indemnisation à 90 %. Si la réforme peut avoir contribué à limiter certaines absences, elle soulève simultanément des interrogations majeures en matière de santé au travail et de prévention. Pour les employeurs territoriaux, le véritable enjeu consiste donc à éviter que la diminution statistique des arrêts ne se traduise par une progression du présentéisme ou une aggravation des fragilités physiques et psychiques des agents.
