Un moral en baisse
Cette dégradation concerne les trois versants de la fonction publique, mais elle est particulièrement marquée au sein de la fonction publique d’État. Le moral y atteint 52 %, soit une baisse de douze points en un an. Il s’établit à 55 % dans la fonction publique territoriale et à 59 % dans la fonction publique hospitalière. Certaines catégories d’agents apparaissent davantage fragilisées, notamment les femmes et les fonctionnaires de catégorie B. Ces résultats traduisent un malaise qui semble désormais s’inscrire dans la durée, alimenté par des difficultés professionnelles et institutionnelles persistantes.
La rémunération reste le principal grief
La question salariale demeure l’une des principales sources d’insatisfaction. Près de deux fonctionnaires sur trois, soit 63 %, considèrent leur rémunération insuffisante. Ce niveau reste élevé, même s’il est inférieur à celui enregistré en 2022, lorsque 71 % des agents partageaient ce sentiment.
Le phénomène est particulièrement prononcé chez les agents territoriaux de catégorie C, dont 72 % estiment être mal rémunérés. La rémunération apparaît ainsi comme un élément central du malaise professionnel et comme l’un des principaux facteurs susceptibles d’affecter le sentiment de reconnaissance des agents.
Dans ce contexte, la question d’une rémunération davantage liée à la performance semble toutefois progresser dans l’opinion des fonctionnaires interrogés. 69 % se déclarent favorables au principe d’une rémunération au mérite, contre 56 % en 2022.
Cette adhésion doit néanmoins être nuancée. Elle est nettement plus forte chez les agents qui se sentent déjà valorisés dans leur travail ou qui considèrent leur niveau de rémunération satisfaisant. À l’inverse, les agents qui se jugent insuffisamment payés y sont beaucoup moins favorables. Le soutien au mérite semble donc étroitement lié au sentiment général de reconnaissance et d’équité au travail.
Des conditions de travail difficiles
Au-delà des rémunérations, le baromètre met en lumière une accumulation de difficultés concrètes dans l’exercice quotidien des missions.
Une très large majorité des agents interrogés déplore un manque d’informations concernant les décisions prises par leur administration : 77 % déclarent y être confrontés souvent ou parfois. Les procédures jugées trop complexes ou trop lourdes concernent 75 % des agents, tandis que la même proportion estime devoir faire face à une charge de travail excessive.
D’autres difficultés sont également largement citées : 65 % dénoncent l’inadaptation du matériel mis à leur disposition, tandis que 63 % évoquent des difficultés à pourvoir les postes nécessaires au bon fonctionnement des organisations. Dans les mêmes proportions, 63 % indiquent rencontrer des difficultés financières pour parvenir à boucler leurs fins de mois.
Ces résultats décrivent un environnement professionnel marqué par la pression, la complexité administrative et les tensions sur les effectifs. Ils témoignent également d’un décalage entre les responsabilités confiées aux agents et les moyens dont ils disposent pour accomplir leurs missions dans de bonnes conditions.
Une reconnaissance encore insuffisante
Le sentiment de manque de reconnaissance constitue un autre facteur important du malaise exprimé par les fonctionnaires.
Une majorité d’agents estime que les missions du service public sont insuffisamment comprises par la population. 64 % considèrent ainsi que ces missions sont mal comprises par les usagers. Plus largement, 74 % jugent que l’action des services publics est insuffisamment valorisée auprès des citoyens.
Ces indicateurs connaissent certes une amélioration par rapport aux niveaux observés en 2023, mais restent très élevés. La reconnaissance institutionnelle et sociale du travail réalisé par les agents publics apparaît donc encore fragile.
La reconnaissance au sein même des organisations est également loin d’être acquise. Seuls 52 % des agents déclarent se sentir reconnus par leur hiérarchie. Cette situation peut contribuer à renforcer le sentiment de dévalorisation, notamment lorsque les agents sont confrontés simultanément à une forte charge de travail, à des contraintes organisationnelles et à un niveau de rémunération qu’ils jugent insuffisant.
Un avenir qui inquiète
Le regard porté sur l’avenir de la fonction publique demeure majoritairement négatif. 61 % des agents interrogés se déclarent pessimistes quant à son évolution.
Le baromètre relève néanmoins un léger redressement de l’optimisme. 39 % des fonctionnaires se disent désormais très ou plutôt optimistes, contre 35 % en 2025 et 31 % en 2022.
Les inquiétudes sont particulièrement fortes chez certaines catégories. Les enseignants apparaissent comme les plus pessimistes, avec 72 % d’entre eux exprimant une vision négative de l’avenir. Les agents de catégorie A sont également particulièrement préoccupés, tout comme les fonctionnaires âgés de plus de 50 ans.
Cette perception traduit une interrogation plus large sur la capacité de la fonction publique à maintenir ses missions, ses moyens et son attractivité dans les prochaines années.
L’utilité sociale résiste
Malgré ce contexte défavorable, les agents publics continuent de trouver un sens important à leur activité professionnelle. Le sentiment d’être utile à la société demeure très largement majoritaire : 87 % des fonctionnaires interrogés déclarent se sentir utiles.
De même, 84 % se disent fiers des missions qu’ils exercent. Ces deux indicateurs connaissent toutefois un léger recul de deux points par rapport à 2025.
La dimension éthique et vocationnelle du service public reste donc un puissant facteur de cohésion et d’engagement. Même lorsque les conditions de travail se dégradent ou que la reconnaissance fait défaut, les agents continuent à associer leur activité à une contribution concrète à l’intérêt général.
Le baromètre souligne ainsi un paradoxe : le rapport au métier et à la mission reste solide, alors que le rapport à l’institution et aux conditions d’exercice apparaît davantage fragilisé.
Un statut encore protecteur
Les agents publics continuent également d’identifier plusieurs avantages importants liés à leur statut.
La garantie de l’emploi et la protection associée au statut arrivent en tête, citées par 92 % des répondants. Le fait de contribuer à l’intérêt général est mentionné par 91 % d’entre eux. Viennent ensuite la solvabilité de l’employeur public, citée par 86 %, la rigueur et le cadre de fonctionnement des organisations publiques pour 82 %, ainsi que les possibilités de mobilité pour 77 %.
Ces éléments apparaissent en légère progression par rapport à l’année précédente. Ils montrent que, malgré les critiques exprimées, le statut public conserve une valeur importante aux yeux des agents.
La sécurité de l’emploi, la protection statutaire et le sens donné au travail constituent ainsi des éléments de compensation face aux difficultés rencontrées dans l’exercice professionnel.
Une attractivité en question
Malgré les difficultés, 63 % des fonctionnaires interrogés se déclarent prêts à recommander la fonction publique à leur entourage. Ce taux est particulièrement élevé parmi les agents qui se montrent optimistes quant à son avenir : 85 % d’entre eux recommanderaient la fonction publique.
La situation est toutefois beaucoup plus préoccupante dans certains métiers. Chez les enseignants, près d’un agent sur deux, soit 47 %, ne serait pas disposé à recommander la fonction publique.
Les principales raisons qui pourraient conduire les agents à ne pas la recommander sont avant tout liées à la rémunération, citée par 64 % des répondants. Le manque de reconnaissance de la part de la société constitue le deuxième frein, mentionné par 37 % des agents, tandis que 29 % évoquent les incertitudes pesant sur l’avenir de la fonction publique.
Au total, 55 % des personnes interrogées considèrent que les métiers publics sont aujourd’hui moins attractifs. Le déficit d’attractivité apparaît donc comme l’une des conséquences potentielles du malaise exprimé dans le baromètre.
Un engagement qui tient malgré tout
Le principal enseignement de cette édition 2026 réside dans le contraste entre la dégradation du moral et la persistance de l’engagement.
Les agents publics sont confrontés à une combinaison de facteurs de fragilisation : sentiment de sous-rémunération, manque de reconnaissance, surcharge de travail, complexité des procédures, difficultés de recrutement et incertitudes sur l’avenir de leurs institutions. Ces éléments pèsent directement sur leur moral et peuvent progressivement affecter l’attractivité des carrières publiques.
Pour autant, le sens du service public reste profondément ancré. La majorité des agents continue à considérer son travail comme utile à la société et demeure fière des missions exercées. Le statut conserve par ailleurs des atouts importants, notamment en matière de protection et de sécurité professionnelle.
Le baromètre fait ainsi apparaître une fonction publique traversée par un paradoxe : les conditions d’exercice et le moral des agents se dégradent, tandis que leur attachement aux valeurs du service public et leur sentiment d’utilité sociale demeurent solides.
Cette situation constitue néanmoins un point de vigilance majeur. Si les difficultés de rémunération, de reconnaissance et de conditions de travail devaient perdurer, elles pourraient progressivement fragiliser le lien entre les agents et leur institution, affecter l’attractivité des métiers publics et, à terme, mettre à l’épreuve la capacité des services publics à recruter et fidéliser leurs personnels.