21 septembre 2026Les fragilités, Psychique

L’absentéisme se stabilise dans les petites collectivités locales en 2025

Après plusieurs années marquées par une progression de la durée des arrêts et une évolution contrastée des indicateurs d’absentéisme, la situation semble se stabiliser en 2025 dans les petites collectivités territoriales. Selon l’Observatoire de la performance sociale de la fonction publique territoriale de Diot Siaci, le taux d’absentéisme pour maladie ordinaire atteint 4,33 % dans les collectivités employant moins de 30 agents, un niveau proche de celui enregistré en 2024. Cette évolution intervient après l'entrée en vigueur, en mars 2025, de la réduction à 90 % de l'indemnisation des arrêts de maladie ordinaire pendant les trois premiers mois. Si le cabinet de conseil et de courtage y voit un possible effet positif sur l'absentéisme, il appelle néanmoins à la prudence et souligne les risques potentiels d'une telle mesure pour la santé des agents, le présentéisme et la relation de confiance avec l'employeur public.

Une tendance stabilisée

Le dernier observatoire de la performance sociale de la fonction publique territoriale publié par Diot Siaci fait apparaître une relative stabilisation de l’absentéisme pour maladie ordinaire dans les petites collectivités locales.
Dans les collectivités comptant moins de 30 agents, le taux d’absentéisme s’établit à 4,33 % en 2025. Ce chiffre reste très proche de celui observé en 2024, à 4,4 %. Il était de 4,20 % en 2023 et de 4,60 % en 2022.
Cette évolution marque donc une rupture avec la dynamique observée précédemment. Si le taux reste globalement élevé, il ne poursuit plus sa progression dans les petites structures territoriales.
Diot Siaci considère cette stabilisation comme un résultat notable compte tenu du contexte dans lequel évoluent aujourd’hui les collectivités territoriales. Les agents publics locaux doivent en effet exercer leurs missions dans un environnement marqué par de nombreuses transformations simultanées : transition écologique et climatique, transformation numérique, vieillissement de la population, évolutions sociales et économiques ou encore changement des attentes des citoyens vis-à-vis du service public.
Dans ce cadre, la stabilisation de l’absentéisme peut être considérée comme un signal positif, même si elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à une amélioration durable de la santé des agents territoriaux.

Trois indicateurs

L’évolution du taux global d’absentéisme s’explique par la stabilisation simultanée de plusieurs paramètres.
Le premier concerne le nombre d’agents arrêtés. Les données montrent qu’ils ne sont pas davantage nombreux à connaître un arrêt maladie qu’auparavant.
Le deuxième indicateur est celui de la fréquence des arrêts. Celle-ci poursuit même sa diminution depuis 2022. Le nombre d’arrêts est désormais inférieur à 35 pour 100 agents, alors qu’il atteignait environ 50 pour 100 agents en 2022, année particulièrement atypique en raison de la vague Omicron.
En dehors de cette période exceptionnelle, l’exposition au risque d’arrêt apparaît relativement stable, voire légèrement en baisse en 2025. Environ trois agents territoriaux sur quatre n’ont ainsi connu aucun arrêt de maladie ordinaire au cours de l’année.
Le troisième indicateur concerne la durée moyenne des arrêts. Après plusieurs années de hausse, celle-ci semble marquer un coup d’arrêt. Elle s’établit à 39 jours en moyenne en 2025, contre 40 jours en 2024.
La tendance est encore plus favorable chez les agents âgés de plus de 55 ans, pour lesquels la durée moyenne des arrêts diminue.
Cette évolution reste toutefois à relativiser. La durée moyenne demeure supérieure à celle observée les années précédentes : elle était de 36 jours en 2023 et de 29 jours en 2022.
Les arrêts les plus longs continuent par ailleurs de contribuer très fortement au niveau global de l’absentéisme. Leur évolution constitue donc un indicateur particulièrement important pour comprendre la situation des collectivités.

Un possible effet financier

Diot Siaci établit un lien possible entre cette stabilisation et la réforme de l’indemnisation des congés de maladie ordinaire.
Depuis mars 2025, conformément aux dispositions de la loi de finances pour 2025, les agents publics en arrêt de maladie ordinaire voient leur indemnisation réduite à 90 % de leur traitement pendant les trois premiers mois.
L’observatoire constate que les données relatives aux absences depuis avril 2025 semblent aller dans le sens d’un effet sur les comportements d’absence : les agents seraient légèrement moins nombreux à s’arrêter, les arrêts seraient un peu moins fréquents et leur durée moyenne ne progresserait plus.
Diot Siaci estime ainsi que cette mesure pourrait avoir contribué à la stabilisation observée en 2025.
Cette interprétation doit toutefois être considérée avec prudence. La réforme étant récente, le recul statistique reste limité et ne permet pas encore d’établir avec certitude une relation de causalité entre la baisse de l’indemnisation et l’évolution de l’absentéisme.
D’autres facteurs peuvent en effet intervenir dans l’évolution des arrêts maladie : l’âge des agents, les conditions de travail, l’organisation des services, les évolutions démographiques, les transformations des métiers ou encore la situation économique générale.

Des agents sous pression

La stabilisation de l’absentéisme intervient dans un environnement professionnel que Diot Siaci décrit comme particulièrement contraint.
La fonction publique territoriale est confrontée à un vieillissement progressif de ses effectifs. L’âge moyen des agents dépasse désormais 45 ans, ce qui peut avoir des conséquences sur la fréquence et la durée des arrêts, notamment en raison de l’apparition de problèmes de santé plus fréquents avec l’âge.
À cette évolution démographique s’ajoute le recul progressif de l’âge de départ à la retraite. Les agents sont donc amenés à exercer plus longtemps leur activité professionnelle, parfois dans des métiers physiquement ou psychologiquement exigeants.
Les collectivités doivent également composer avec des contraintes budgétaires importantes. La réduction des marges financières intervient alors même que les besoins de service public augmentent et que les organisations doivent faire face à de profondes transformations.
L’intensification du travail, les évolutions technologiques et l’arrivée annoncée de l’intelligence artificielle interrogent également l’avenir de certains métiers et les compétences nécessaires pour répondre aux nouvelles missions.
Parallèlement, les collectivités rencontrent des difficultés croissantes pour attirer et fidéliser les professionnels sur certains postes essentiels.
Cette situation crée une forme de tension structurelle : les collectivités doivent assurer leurs missions avec des ressources contraintes, alors que les agents sont eux-mêmes confrontés à des transformations importantes de leur environnement professionnel.

Le risque du présentéisme

Si la réduction de l’indemnisation peut contribuer à limiter certaines absences, Diot Siaci souligne qu’elle peut également produire des effets indésirables.
Le premier risque concerne la santé des agents. Dans un contexte où le pouvoir d’achat est déjà sous pression, une baisse de la rémunération pendant un arrêt maladie peut inciter certains agents à continuer à travailler alors que leur état de santé nécessiterait un arrêt.
Ce phénomène, appelé « présentéisme », correspond au fait de rester en activité malgré une dégradation de son état de santé.
À court terme, cette situation peut donner l’impression d’une réduction de l’absentéisme. Mais elle peut avoir des conséquences négatives à plus long terme.
Un agent qui travaille alors qu’il est malade peut voir son état de santé se détériorer, ce qui risque de provoquer ultérieurement des arrêts plus longs ou plus fréquents. Le présentéisme peut également entraîner une diminution de la qualité du travail, une perte d’efficacité et une augmentation des risques professionnels.
Les économies réalisées grâce à la réduction de l’indemnisation pourraient alors être partiellement ou totalement compensées par des coûts indirects liés à la dégradation de la santé des agents et à l’allongement ultérieur des arrêts.
Cette question est particulièrement importante dans les métiers territoriaux où les contraintes physiques et psychologiques peuvent être fortes.

Un risque pour le climat social

La réduction de l’indemnisation peut également avoir un impact sur la relation entre les agents et leur employeur.
La protection sociale constitue en effet un élément du contrat de confiance qui unit le fonctionnaire à son administration. La diminution du niveau de garantie peut être perçue comme une perte de protection et générer un sentiment d’injustice.
Ce sentiment peut affecter la motivation et l’engagement des agents, notamment dans un contexte où les conditions de travail sont déjà marquées par de fortes contraintes.
Le climat social constitue ainsi un élément déterminant de la performance des organisations publiques. Une mesure destinée à réduire les absences pourrait donc, si elle est mal vécue par les agents, produire des effets indirects sur la cohésion des équipes et la qualité du service rendu.
Cette question est d’autant plus sensible que les arrêts maladie ne résultent généralement pas de comportements opportunistes. Ils correspondent, dans la majorité des cas, à des problèmes de santé objectivés.
Appliquer une logique strictement incitative à l’ensemble des absences médicales peut donc apparaître comme une réponse insuffisamment différenciée à des situations très diverses.

Une efficacité à nuancer

Les données de 2025 peuvent être interprétées de deux manières.
D’un côté, la stabilisation de l’absentéisme constitue un indicateur encourageant. Après plusieurs années de progression, le taux d’absence ne s’aggrave plus dans les petites collectivités. La baisse de la fréquence des arrêts et l’interruption de la hausse de leur durée moyenne vont également dans le sens d’une amélioration relative.
De l’autre, cette évolution ne signifie pas nécessairement que la santé des agents s’améliore.
La baisse du nombre d’arrêts peut aussi résulter d’un renoncement à l’arrêt pour des raisons financières. Certains agents peuvent être conduits à continuer à travailler malgré une santé dégradée, ce qui déplacerait le problème plutôt que de le résoudre.
La véritable question est donc de savoir si la diminution de l’absentéisme traduit une amélioration de la santé au travail ou une augmentation du présentéisme.
Cette distinction est essentielle pour évaluer les effets réels de la réforme de l’indemnisation.

Un enjeu de santé au travail

L’étude de Diot Siaci met finalement en lumière la complexité de la politique de lutte contre l’absentéisme dans la fonction publique territoriale.
La réduction de l’indemnisation peut éventuellement produire un effet mécanique sur les statistiques d’absence, mais elle ne constitue pas à elle seule une politique de santé au travail.
Pour agir durablement sur l’absentéisme, les collectivités doivent également s’intéresser aux causes profondes des arrêts : vieillissement des effectifs, pénibilité, charge de travail, risques psychosociaux, conditions managériales, difficultés de recrutement et de remplacement ou encore perte de sens.
L’évolution de la durée des arrêts constitue à cet égard un indicateur important. La stabilisation observée en 2025 est encourageante, mais le niveau demeure supérieur à celui des années 2022 et 2023.
La prévention des risques professionnels et l’amélioration des conditions de travail restent donc essentielles pour éviter que les absences ne deviennent plus longues ou plus fréquentes.

Un équilibre à trouver

L’étude invite ainsi à dépasser une lecture purement comptable de l’absentéisme.
La baisse de l’indemnisation des arrêts peut avoir des effets budgétaires favorables à court terme, mais son efficacité globale doit être évaluée en tenant compte de ses conséquences potentielles sur la santé, la motivation et la performance des agents.
Le principal enjeu consiste à déterminer si la stabilisation observée en 2025 correspond à une amélioration réelle de la situation ou si elle masque en partie un déplacement des comportements, notamment vers le présentéisme.
Dans les petites collectivités, où les effectifs sont souvent réduits et où l’absence d’un seul agent peut avoir des conséquences importantes sur l’organisation du service, la question est particulièrement sensible.
La stabilisation de l’absentéisme en 2025 constitue donc un signal positif, mais elle ne saurait être considérée comme une preuve définitive de l’efficacité de la réduction de l’indemnisation. L’enjeu pour les employeurs territoriaux est désormais de concilier maîtrise des dépenses, continuité du service public et protection de la santé des agents.
À terme, une politique efficace devra probablement reposer sur une approche plus globale associant prévention, amélioration des conditions de travail, accompagnement des agents fragilisés et maintien d’un niveau de protection sociale suffisamment sécurisant. L’objectif ne doit pas seulement être de réduire le nombre d’arrêts, mais de réduire les causes de la dégradation de la santé au travail, afin de favoriser durablement la présence en bonne santé des agents dans les services publics locaux.

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Source :
AEF

Publié le 15/07/2026

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