Source : Acteurs publics

IA : allègement administratif des soignants

Le CHU de Montpellier a développé un système d’intelligence artificielle pour réduire la charge administrative des professionnels de santé. Après plusieurs mois d’expérimentation, ce dispositif est désormais opérationnel et accessible aux 16 000 agents de l’établissement. Il permet notamment de générer en quelques secondes des comptes-rendus médicaux pour les patients, avec néanmoins une validation humaine systématique et un contrôle strict des données, intégralement hébergées en local.

Une réponse technologique concrète

Face à l’alourdissement des tâches administratives dans le secteur hospitalier, les équipes du CHU de Montpellier ont engagé une réflexion approfondie sur les apports potentiels de l’intelligence artificielle. Comme le souligne le professeur David Morquin, docteur en infectiologie et directeur de la stratégie IA et données au CHU de Montpellier, la saisie informatique des données médicales constitue aujourd’hui l’une des principales causes de burn-out dans les établissements de santé (comme aux États-Unis). L’objectif poursuivi est clair : fluidifier ce travail pour recentrer les soignants sur leur cœur de métier.

Dans cette optique, les équipes travaillent sur la conception d’un outil comparable à ChatGPT, adapté aux contraintes hospitalières : « Notre objectif est de pouvoir évaluer les performances sur les tâches médicales : pour cela, nous avons petit à petit développé l’applicatif : connexion du dossier patient informatisé, système de reconnaissance vocale, possibilité de travailler sur des documents externes : à partir de là, nous avons pu travailler en boucle sécurisée, sans que rien ne sorte et en protégeant les données de nos patients ».

Le cadrage du shadow IT

Au-delà de la réduction de la charge de travail, le projet vise aussi à répondre à un phénomène préoccupant : le développement du « shadow IT », c’est-à-dire l’utilisation non encadrée d’outils numériques grand public par les professionnels. En effet, près de 400 000 connexions mensuelles à des solutions comme ChatGPT sont recensées dans les hôpitaux (sans compter les usages sur terminaux personnels).
Une telle pratique soulève des enjeux majeurs de sécurité, notamment en raison du risque d’exposition des données médicales sensibles. Le développement d’un outil interne permet ainsi de proposer une alternative sécurisée et conforme aux exigences réglementaires.

Concrètement, l’agent conversationnel développé au CHU de Montpellier offre une large palette de fonctionnalités, comme la rédaction automatisée des comptes-rendus compréhensibles pour les patients, l’adaptation du langage pour des publics spécifiques comme les enfants, l’analyse des dossiers médicaux pour orienter les prises en charge, la détection d’incohérences ou de similitudes entre cas, ou encore le traitement des 27000 courriers de patients reçus chaque année.

Un exemple emblématique concerne l’enregistrement d’une consultation, notamment en médecine du voyage : en quelques secondes, l’outil est capable de produire un résumé fidèle et un compte-rendu structuré, tout en laissant au praticien la validation finale. L’ambition est claire : réduire drastiquement le temps consacré à la saisie.

La conformité réglementaire

L’ensemble du dispositif repose sur des modèles open source déployés dans une infrastructure locale, garantissant une maîtrise complète des données de santé. Ce choix est déterminant dans un contexte où l’exploitation des données médicales est strictement encadrée, notamment par le RGPD.

À l’origine, le projet s’appuyait sur des solutions hébergées dans le cloud, notamment via Microsoft Azure. Toutefois, l’émergence de solutions open source a permis de réorienter la stratégie vers un modèle plus souverain, offrant ainsi un contrôle accru sur les systèmes et les flux de données.

Au-delà de la dimension technique, l’enjeu est aussi qualitatif : améliorer la précision et la structuration des données de santé, afin d’optimiser le pilotage des établissements, la gestion des parcours de soins et la production des données exploitables pour la recherche.

Un projet d’envergure

Désormais déployé en production, le dispositif bénéficie à l’ensemble des professionnels du CHU de Montpellier. Mais ses ambitions dépassent largement le cadre local. L’établissement porte en parallèle un projet d’envergure, baptisé « Alliance Santé IA », visant à accompagner la transformation du système hospitalier par l’intelligence artificielle.

Doté d’un financement public de 15 millions d’euros, ce programme a pour objectif de démontrer le potentiel de création de valeur des technologies pour l’hôpital public, en passant des expérimentations locales à un déploiement à grande échelle. À ce stade, une quinzaine de centres hospitaliers ont déjà manifesté leur intérêt pour rejoindre cette dynamique.