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Source : Espace social européen

Des hospitaliers plus fragilisés que le reste de la population

Dans son ouvrage Au cœur de l’hôpital : celles et ceux qui le font vivre, la Mutuelle Nationale des Hospitaliers (MNH) dresse un état des lieux préoccupant de la santé et des conditions de vie des professionnels hospitaliers.
L’Observatoire CSA-MNH 2026 met en évidence une population plus exposée aux problèmes de santé, à la charge mentale et aux difficultés de conciliation entre vie professionnelle et personnelle. L’objectif affiché est de mieux adapter les politiques publiques et les actions de prévention aux réalités spécifiques du monde hospitalier.

La santé, première préoccupation des hospitaliers

Avec 1,2 million d’agents dans la fonction publique hospitalière, la santé apparaît comme la principale inquiétude des professionnels : 58 % la placent en tête de leurs préoccupations, contre 38 % dans la population générale. Viennent ensuite le pouvoir d’achat (53 %) puis l’insécurité (24 %).

Selon la MNH, l’état de santé des hospitaliers demeure globalement « moins bon » que celui du reste de la population active. Ainsi, 42 % des professionnels de santé ont connu un problème de santé au cours des trois derniers mois, contre 26 % des actifs. Si la proportion de soignants se déclarant en mauvaise santé recule par rapport à 2022 (16 % contre 24 % auparavant), elle reste supérieure à celle observée chez les Français (13 %). À l’inverse, seuls 18 % des hospitaliers s’estiment en très bonne santé, contre 30 % de la population générale.

Une forte exposition aux risques professionnels et psychologiques

Cette dégradation de l’état de santé s’explique notamment par les contraintes propres aux métiers hospitaliers, avec le travail de nuit, les horaires atypiques, la charge physique et émotionnelle élevée…
La santé mentale apparaît particulièrement fragilisée. Près d’un hospitalier sur deux (45 %) déclare souffrir d’anxiété, de stress ou de surcharge mentale, contre seulement 16 % des actifs. Chez les moins de 35 ans, ce taux atteint même 91 %.

Les troubles musculosquelettiques (TMS), liés notamment au port de charges lourdes et à la manipulation des patients, représentent quant à eux 95 % des maladies professionnelles dans la fonction publique hospitalière, contre 88 % dans l’ensemble de la population active.

Face à ce constat, 55 % des professionnels estiment que l’amélioration des conditions de travail constitue le principal levier pour préserver leur santé. Plusieurs initiatives de prévention ont été engagées depuis la crise sanitaire, notamment autour du sommeil, des maladies cardiovasculaires ou encore de la santé des femmes.

Des contraintes accrues pour les femmes hospitalières

Le secteur est fortement féminisé avec les femmes qui représentent 78 % des effectifs. Aussi, l’hôpital doit faire face à des enjeux spécifiques liés à la maternité et à la parentalité. Avant leur congé maternité, 85 % des hospitalières s’arrêtent pour raison de santé, contre 64 % des Françaises. Par ailleurs, 36 % des médecins déclarent avoir déjà reporté un projet d’enfant en raison de leur carrière.

Les difficultés de garde d’enfants constituent aussi une problématique majeure : 62 % des soignants disent avoir rencontré des difficultés au moment de reprendre le travail. Cette situation est aggravée par les horaires décalés et par une proportion importante de familles monoparentales parmi les hospitaliers (21 %, contre 7 % dans la population générale).

Une prévention encore insuffisante

Sous l’effet de la charge professionnelle et familiale, de nombreuses soignantes renoncent à prendre soin de leur propre santé. Une professionnelle de santé sur deux n’a ainsi jamais réalisé de dépistage du cancer du sein, contre une femme sur trois dans la population générale.

Pour répondre à cette difficulté d’accès aux soins, la MNH développe des dispositifs de prévention plus adaptés aux contraintes horaires des hospitalières, avec notamment des créneaux élargis jusqu’à 22 heures.

La PSC face aux spécificités du monde hospitalier

À quelques mois de l’entrée en vigueur de la protection sociale complémentaire (PSC) dans la fonction publique hospitalière, prévue au 1er janvier 2027, la MNH insiste sur la nécessité de prendre en compte les caractéristiques propres des hospitaliers.

Pour la mutuelle, investir dans la prévention représente également un enjeu économique. Elle cite notamment le programme « Sérum Psy », selon lequel 1 euro investi dans la formation des étudiants infirmiers permettrait d’éviter jusqu’à 3 euros de coûts liés aux abandons de parcours.

La MNH appelle ainsi à une approche différenciée de la PSC, adaptée aux risques professionnels, aux attentes et aux difficultés d’accès aux soins spécifiques aux agents hospitaliers.