Après les accusations d’une infectiologue contre un urgentiste qualifié de « prédateur » sexuel, les témoignages affluent dans le monde hospitalier. Les professionnels dénoncent un environnement qui favorise les violences sexistes et sexuelles, soutenu par une tradition d’omerta. Les voix du mouvement #MeTooHopital se font de plus en plus entendre. Elsa, épuisée par plusieurs années de harcèlement sexuel de la part d’un supérieur, a finalement décidé de quitter l’hôpital public.

Un environnement toxique dès le début

Dès son embauche, Elsa a été confrontée à une ambiance délétère. Rapidement, son chef de service, un médecin, a commencé à la harceler verbalement : « Celle-là, il va falloir qu’on s’en occupe bien ! » Ce climat oppressant l’a mise très vite mal à l’aise.

« Il y avait de nombreuses blagues salaces, sexuelles, sexistes. Et on m’a dit : « Ici, il faut avoir de l’humour. L’ambiance est comme ça. » Je veux bien rire, avoir du second degré, mais bon… Avec un chef hiérarchique, c’est encore différent. Sur le coup, je me suis dit : « Dans quoi je débarque ? » »

Le harcèlement quotidien

Au début, Elsa n’avait pas beaucoup de contact avec son supérieur, ce qui lui permettait de gérer la situation. Mais dès qu’elle avait besoin de lui pour le travail, il en profitait pour la harceler : « Comment ça, tu as besoin de moi ? Ne me dis pas des choses comme ça, tu sais que tu vas me tenter. » Les comportements déplacés se multipliaient.  

« Si on mettait des shorts l’été, on entendait : « Ah bah vous savez comment me faire plaisir. Ça va m’émoustiller, je ne vais pas tenir en place. » Mes collègues réagissaient de manière variée : certains en riaient, d’autres levaient les yeux au ciel.

Un signalement sans effet

Lorsque Elsa a demandé une évolution de poste, la réponse de son chef a été sidérante : « Ça tombe bien, j’ai fait du tri sous mon bureau, maintenant tu sais ce qu’il te reste à faire. » Un jour, il a même lancé : « Y’en a de la phéromone, ça sent la femelle, ici. » Malgré ses tentatives pour lui faire comprendre son ras-le-bol, il persistait : « Oui, je sais, avec Elsa, c’est compliqué, on ne peut pas rire avec elle. »

 

 

« Une collègue avait déjà tenté de signaler ces comportements à l’administration, mais sans succès. On lui a répondu qu’entre la crise économique et la pénurie de médecins, on ne pouvait pas se permettre de faire des vagues. Elle a fini par quitter l’hôpital quelques mois plus tard. »

 

Un système indifférent

Au fil du temps, le chef d’Elsa a commencé à la pénaliser professionnellement, lui refusant toute formation ou progression interne.

« Comme je ne rentrais pas dans son jeu, il m’a clairement mis des bâtons dans les roues. Face à cet homme influent, j’ai compris qu’il serait très difficile de faire valoir mes droits. »

Elsa a également découvert que son chef n’était pas seulement un harceleur, mais aussi un médecin très autoritaire et sévère.

« Quand on avait le moindre problème, on avait peur de lui parler. » Lorsqu’elle a tenté de signaler ces abus à la médecine du travail, la réponse a été choquante : « Mais vous savez, à l’hôpital, c’est partout pareil. » »

Chercher de l’aide ailleurs

Désemparée, Elsa s’est tournée vers son généraliste et a contacté une association d’aide aux victimes de souffrances au travail. Une juriste lui a alors expliqué que, dans la fonction publique hospitalière, c’était un peu David contre Goliath. « Elle estimait que le petit personnel n’avait aucune chance contre un médecin soutenu par l’administration. »

« Comme je ne rentrais pas dans son jeu, il m’a clairement mis des bâtons dans les roues. Face à cet homme influent, j’ai compris qu’il serait très difficile de faire valoir mes droits. »